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Épaules droite et
gauche de Saint-Louis Blaise (1989)
Collection de Michel Monnin; photo de Bill Bollendorf.
(Sur chacune des épaules: André Pierre et Jean-Claude
Duvalier)
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1973
Propos de Saint-Louis Blaise recueillis
dans "Saint-Louis Blaise", catalogue édité par la Galerie
Monnin et imprimé en France, p. 3-4.
1956
Je suis né à Cap-Haïtien.
Je passe mon enfance à la rue 2 avec mes cinq frères et
soeurs. Ma mère, Rosita, qui s'occupe d'un petit commerce de
fruits et légumes, fait la navette entre le Cap-Haïtien
et Port-au-Prince. Mon père, Moralès Blaise, collecte
les taxes de marché. Passionné de combats de coqs et d'autres
jeux de hasard, il boit et a plusieurs "femmes-dehors".
À l'école, ce n'est pas
brillant mis à part le dessin où je suis le meilleur de
la classe. J'ai une passion pour les cerfs-volants que je confectionne
avec du papier fin, rouge, bleu, jaune, vert. Quand ils montent, on
dirait des morceaux de ciel multicolores et ils se mettent à
chanter dans le vent. Je fabrique aussi des camions avec des boîtes
de conserve et du bois peint qui font l'envie des enfants du voisinage.
C'est encore moi qui décore le drapeau et les maillots de mon
équipe de football. J'ai un don, je suis né artiste!
1969
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Mariage campagnard
de Saint-Louis Blaise (1977)
Collection Michel Monnin. photo ©
Michel Monnin
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Un jour, en revenant de l'école,
je m'arrête à l'atelier des peintres Charles Anatole et
Maurice Altiéri et leur dis avec effronterie que je trouve leurs
dessins très médiocres. Ils me toisent et je me sens tout
petit dans mes pantalons courts. Je trace quelques tableaux pour eux
et à leur retour de Port-au-Prince ils me font de menus cadeaux.
Je continue à dessiner pour eux, si bien qu'Anatole veut l'exclusivité
de ma production. Une bagarre s'ensuit entre les deux compères
et je m'enfuis avec mon crayon. Ma mère me procure du matériel
et je signe mes deux premiers tableaux que je vends à un blanc
de passage pour cent vingt-cinq dollars. Je suis fou, fou: je m'achète
deux paires de pantalons longs et je donne le reste de l'argent à
maman.
1971
Je fais l'école buissonnière
pour fréquenter les ateliers d'artistes, Philomé Obin,
Louis Agénor, les frères Bottex. Seymour Bottex vend régulièrement
mes toiles à la Galerie Issa. Tout l'argent passe à soigner
mon père qui garde le lit depuis de longs mois. Il est atteint
d'une "maladie drôle" et quand il meurt, il faut hypothéquer
la maison pour l'enterrer dans la dignité. Je quitte définitivement
l'école pour soutenir la famille et je vais travailler chez Issa
avec mon frère aîné Moléon qui lui aussi
s'est mis à peindre. Après une violente discussion avec
E. Gourgue nous, gens du Cap on a beaucoup de fierté
nous laissons l'avenue du Chili à Port-au-Prince et je m'embarque
pour les Bahamas avec l'intention de gagner la Floride.
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Bal criminel sous la tonnelle
de Fabolon Blaise (le frère de Saint-Louis Blaise)
Collection de Michel Monnin; photo de Bill Bollendorf.
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1972
À Nassau, je suis attiré
par la vitrine d'un magasin qui expose des tableaux figuratifs "très
poussés"; j'entre.
May I help you?
......!
What do you want?
Artiste, moi, artiste ...!
Par bonheur j'ai toujours eu de
la chance le commis est haïtien et traduit. Je suis engagé
sur le champ. Je peins pour son patron six toiles représentant
des généraux de l'Indépendance en grands uniformes
chamarrés, bottes lustrées et je pars pour Sainte Lucie.
à Freeport, je me fais arrêter dans la rue par un petit
garçon que son père tient par la main. Ils veulent savoir
qui a peint les motifs de mon Tee-shirt. Durant deux mois, je fais les
portraits de toute la famille. Un Allemand, propriétaire de l'Hôtel
Conquistador, m'engage pour exécuter une murale derrière
son bar, d'après une carte céleste.
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L'Enterrement de Fabolon
Blaise (1982)
Collection de Michel Monnin; photo de Bill Bollendorf.
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Je suis alors sous l'influence de Chagall
et de Picasso. Je réalise une fresque sensationnelle avec des
astres fous qui tournent comme des toupies en suivant des schémas
compliqués. Ensuite je peins des poissons dans sa piscine, si
bien que, dans l'eau, ils se mettent à frétiller.
Ma mère et ma soeur sont venues
me rejoindre; j'obtiens un visa américain pour cette dernière.
à présent, je n'ai plus qu'une envie: revenir dans mon
pays, Haïti.
Je m'installe à Carrefour avec
mes frères Moléon, Fabolon, Ti-André, tous peintres
à l'heure qu'il est. J'achève trois tableaux que Moléon
signe et vend chez Monnin plus cher qu'à "Nader's Art Gallery"
ça marche et par un beau matin de juillet 1974
je me présente "bien fin" chemise à manches bouffantes,
souliers vernis à la Galerie Monnin. Tout de suite je
suis frappé par l'ambiance et je me dis "tu as enfin trouvé
ce que tu cherchais". La qualité des Sénatus, Simil, Sanon,
le fondu des couleurs, le travail main, les détails exécutés
avec soin, la lumière me captivent. Sous la direction de Michel
Monnin, une nouvelle école de peinture prend forme. Avec patience
et à la force du poignet, dans une atmosphère d'amicale
compétition, chacun a la volonté de se surpasser.[...]