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Georges Baudoux
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Georges Baudoux
photo collection particulière
reproduite dans Paroles et écritures calédoniennes par François Bogliolo (Nouméa: Édition du Cagou, 1994, p. 125)

La biographie de Georges Baudoux (prononcez « Baudoucs ») est un calque de l'histoire coloniale et minière de la Nouvelle-Calédonie. Né à Paris le 28 mars 1870, il arrive à Nouméa en 1874, où son père François vient d'être nommé surveillant au bagne de l'Ile des Pins. Inscrit à l'école pénitentiaire, il fréquente les enfants des déportés et reçoit un enseignement dispensé par certains détenus communards et versaillais. Cette enfance a donc résonné des échos du bagne, mais aussi de la Révolte d'Ataï durant laquelle son père est envoyé sur la Grande Terre pour aider à mater l'insurrection kanak. Il quitte l'école à douze ans pour être embauché comme apprenti imprimeur par l'un des premiers journaux de l'île, Le Moniteur de la Nouvelle-Calédonie [1], il vend également des journaux à la criée dans les rues de Nouméa. Cette même année (1882), son père abandonne le métier de surveillant et s'installe à Nouméa. Le Moniteur offre au jeune Georges Baudoux un premier contact avec ce qui fera la matière d'une œuvre en germe : le quotidien de la colonie, les faits divers dont les Kanak, bagnards et colons sont acteurs. Mais il prend surtout goût à la vie en pleine nature. Son adolescence, celle de beaucoup de jeunes colons de son temps, a des allures de pastorale : il construit dans un premier temps sa propre embarcation, explore les côtes et les paysages de la chaîne. Il apprend également la chasse et la pêche aux cotés des Kanak et des colons.

À quinze ans, il partage son existence entre le lagon et la brousse. Propriétaire d'un bateau de pêche, il vit de la vente du troca (mollusque comestible) et de biche-de-mer, mais aussi de la vente des produits de la chasse de gibier qu'il pratique dans la région de Koné. Durant ces passages en brousse, Georges Baudoux fréquente les stockmen, gardiens de bétail, mais aussi les Kanak, les pionniers et les libérés du bagne. Séduit par ce monde, il devient à son tour stockman sous la direction de propriétaires du Nord de l'île. Il s'initie au dressage des chevaux, à la conduite des troupeaux, ainsi qu'aux rudiments du métier de maréchal ferrant. Il a dix-sept ans au moment du décès de son père. Pendant que le reste de la famille s'installe alors à Koné – devenue un nouveau centre de colonisation – d'autres responsabilités s'imposent à lui. Obligé de trouver une activité plus rémunératrice, il abandonne la vie de stockman. Après avoir été embauché chez l'exploitant minier Bernheim (celui qui donnera son nom à la première bibliothèque de Nouméa), il décide à son tour de tenter sa chance dans l'exploitation de minerais. À vingt ans, avec des manuels de géomètre et de géologie en poche, c'est en quasi autodidacte qu'il s'initie au métier : il prospecte à Gomen, fait le tracé du futur village (ce qui lui vaut l'attribution d'un terrain gratuit), enfin, il découvre et déclare des filons de chrome et de cobalt dans la région. Ainsi, les incertitudes des années précédentes s'estompant peu à peu, Baudoux est désormais un homme d'affaires. Il trouve enfin cette quiétude nécessaire à la création littéraire.

C'est après avoir trouvé et déclaré de nouveaux filons à Koumac, où il s'installe temporairement, qu'il rédige une série de poèmes : « Les Bourriques » en 1895, et « La Chanson des Cobaleurs », « Nous sommes chez nous ! » et « Temps nouveaux » en 1896. Ces créations restent d'abord dans ses tiroirs. Son mariage en 1897 semble inaugurer une période de calme relatif. Le succès rencontré dans les affaires des mines lui permet également d'ouvrir un magasin à Koné. L'écrivain est né avec la presse ; en effet, il semble qu'il a contribué à renouveler un milieu alors en ébullition, mais sans voix singulière. Elle est le reflet de la société coloniale : guidée par une volonté de reproduire une vie française, voire parisienne. Seuls les faits divers de la brousse, du bagne et de la mine font l'objet d'articles. Ainsi, durant la période des premières créations de Baudoux, Nouméa est, en façade, animée d'une vie nouvelle. Le Messager de la Nouvelle-Calédonie, auquel il collabore, n'est publié que pendant deux ans (de 1919 à 1921).

Le 26 février 1919, le public de Nouméa découvre Thiosse, auteur de Kaavo, le début d'une « légende canaque ». Thiosse est un pseudonyme, transposition de son prénom Georges, que lui donnaient les Kanak rencontrés durant sa vie de broussard. Pour Baudoux, le succès est aussi immédiat qu'inattendu, et les rédacteurs l'ont devancé en annonçant les parutions de Légendes noires des chaînes et Pastorale calédonienne. Les publications se succèdent de 1919 à 1921. Thiosse devient un rendez-vous incontournable du Messager. Pour la première fois, les lecteurs retrouvent dans ses nouvelles des mises en scène de la brousse avec Autrefois chez les broussards (1925), du bagne, de la tribu et de la vie sur les stations minières avec Clotho (1915). Son second succès vient après la publication de la nouvelle « Jean M'baraï pêcheur de trépang ». Vraisemblablement lassé par les querelles internes aux rédactions de journaux, Baudoux ralentit sa production littéraire à partir de 1925. Sa fortune est constituée ; il est devenu un membre important de la bourgeoisie nouméenne. Mais la vie en brousse finit par lui manquer et il regagne Koné.

Le décès de son épouse inaugure une période de silence et de morosité : il n'y a aucune publication, mais les Légendes canaques sont désormais connues de l'anthropologue Lucien Lévy-Bruhl qui les a reçues de Maurice Leenhardt, un pasteur, également anthropologue, proche des Kanak, que Baudoux a connu durant le procès des Révoltés de 1917. Son œuvre s'apprête à influencer les premiers travaux d'ethnologie. Il connaît même une modeste notoriété à Paris. Plébiscité par le monde scientifique, Baudoux atteint une audience supplémentaire. Ce n'est pas sans fierté qu'il apprend que ses descriptions du monde kanak ont suscité l'admiration et influencé l'écriture de La mentalité primitive (1922) de Lucien Lévy-Bruhl. Pourtant, en 1925, l'édition parisienne de ses Légendes canaques rencontre un succès médiocre, en dépit de la préface élogieuse de Lévy-Bruhl et bien que l'auteur soit couronné des Palmes Académiques.

Une relation d'estime s'établit entre Baudoux, Leenhardt et Lévy-Bruhl. C'est, en partie, de cette reconnaissance scientifique qu'est née l'idée de « vérité » si solidement rattachée à son œuvre. Progressivement, le retour à la vie de stockman semble lui permettre de retrouver une certaine sérénité. Maurice Leenhardt publie Gens de la Grande-Terre en 1937 ; l'ouvrage s'ouvre par la description d'un pilou extraite de Kaavo. Cette même année, l'Institut d'Ethnologie de Paris confie au Pasteur Leenhardt la mission de dresser un inventaire des langues mélanésiennes. Ce retour en Nouvelle-Calédonie permet au scientifique de créer la Société d'Études Mélanésiennes dont le Comité actif est présidé par Edmond Cané – ami intime de Baudoux – qui parvient à le convaincre d'y apporter son concours. Le premier numéro de la revue, daté du 1er décembre 1938, publie une « Légende Canaque » : L'Invasion sournoise, récit humoristique sur les contacts entre Kanak et Européens à travers la contamination par les puces d'une tribu de Pouébo. L'imminence de la Seconde Guerre, dans laquelle s'engage son fils, annihile son goût de l'écriture. Il meurt le 5 juillet 1949, célébré comme « le premier écrivain calédonien ».

Ainsi, que reconnaît-on en Baudoux ? Sinon la voix du colon qui s'est familiarisé avec son nouvel habitat, qui cesse de craindre les résistances potentielles, et voit son autorité pleinement reconnue. Car Baudoux a unifié un paysage morcelé et a esquissé le portrait d'une colonie apaisée. On célèbre le pêcheur de trépang qu'il était dans sa jeunesse, le prospecteur, le gérant de station minière et la réussite du négociant, comme une caution d'authenticité, mais souvent sans s'interroger sur la dimension du préjugé colonial très fort de l'œuvre. En effet, un rapport affectif entre l'auteur et une grande partie de son lectorat local a existé, et se manifeste encore à l'époque contemporaine – il a véritablement inventé un « Romantisme » néo-calédonien. Dans une colonie qui se consolidait, mais cherchait encore une certaine légitimité, il a été considéré comme le dépositaire de la « parole calédonienne » [2]. Le Bulletin du Commerce, second journal à le publier, ira jusqu'à le présenter comme « notre écrivain calédonien » [3]. Un collège de Nouméa porte aujourd'hui son nom.

– Eddy Banaré

1. Les sources divergent : Patrick O'Reilly parle de La France Australe, Bernard Gasser, du Moniteur de la Nouvelle-Calédonie. C'est une erreur, dans sa Bibliographie méthodique et critique de la Nouvelle-Calédonie, Patrick O'Reilly indique que la publication de La France Australe a débuté en 1886, alors que Le Moniteur de la Nouvelle-Calédonie est diffusé dès 1859.

2. Cf. Alain Martin, « Une "parole" calédonienne : George Baudoux (1870-1949) », Notre Librairie 134 (mai-août 1998).

3. Le Bulletin du Commerce de la Nouvelle-Calédonie et Dépendances, mercredi 12 mars 1932.

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Dossier Georges Baudoux préparé par Eddy Banaré
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http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/baudoux.html
mise en ligne : 28 août 2009