index du site, recherche
Océan Atlantique
Antilles / Caraïbes
la Méditerranée
Océan Indien
Océan Pacifique
Littérature - index
Gérard Chenet
« île en île » - page d'accueil
espace

Gérard Chenet espace
photo-autoportrait © Gérard Chenet
Toubab Dielaw, juillet 2010

Gérard Chenet est né le 14 avril 1927 à Port-au-Prince. Il fait ses études primaires à Saint-Louis-de-Gonzague et ses études secondaires au lycée Pétion où il rencontre entre autres René Depestre et Klérimond. Son père est un grand bourgeois haïtien, métis, et sa mère vient d'un milieu modeste de la périphérie de la capitale haïtienne. Son père est d'ailleurs mis à l'écart à cause de son mariage, ayant franchi la frontière raciale, socio-économique et de classe.

En 1946, Gérard Chenet est en première au lycée comme Depestre et Théodore Baker à Saint-Louis-de-Gonzague. Le lycée est régulièrement visité par des conférenciers français comme André Maurois par exemple. Influencé par les Pères enseignant au lycée, les jeunes lancent un journal, La Ruche. Cette expérience individuelle vécue par Gérard Chenet est indissociable de l'expérience collective vécue par toute une tranche de la jeunesse haïtienne ou du moins port-au-princienne de l'époque. Le journal existe déjà quand Jacques-Stephen Alexis et Gérald Bloncourt font leur apparition dans le groupe. La Ruche est un petit journal manuscrit plutôt littéraire, reflétant les idées des auteurs étudiés par les lycéens qui circulait de main en main. Le titre même fait l'objet de beaucoup de discussions de la part des jeunes.

Dès le premier numéro, La Ruche s'avère comme un journal politisé, visant à faire prendre conscience de la situation politique en Haïti, qui vit alors sous la présidence d'Élie Lescot. Le troisième numéro est un numéro spécial, qui sort pour la Noël. Alexis et Bloncourt ont osé dire de nombreuses choses sur la direction du pays. Le numéro suscite une grande réaction au Ministère de l'Intérieur et Depestre, qui avait accepté la direction du numéro avec ses conséquences possibles, et Baker sont arrêtés. La jeunesse port-au-princienne est sensibilisée par ce fait et une grève massive se déclare en protestation contre la fermeture du journal. La grève est un prétexte qui sert de déclenchement à des réactions dans tous les secteurs du travail et de l'administration. La grève des étudiants devient une révolution et entraîne le départ du Président Lescot.

La révolution de 1946 a manifestement beaucoup influencé la génération qui l'a faite et qui l'a vécue. C'est une période qui a ouvert les yeux de la jeunesse urbaine haïtienne et qui a permis selon Chenet de reposer tous les problèmes qui existaient en Haïti depuis l'indépendance sur le clivage racial et donc socio-économique. L'expérience de La Ruche a permis de prendre conscience des clivages et de transcender un comportement social de dénigrement de la culture haïtienne, en particulier de la langue. La mère de Chenet ne parlait pas français et donc la question était particulièrement sensible pour lui. La Ruche a cessé de paraître suite à des failles et ruptures dans le groupe. La Nouvelle Ruche voit alors le jour et devient l'organe de presse de la jeunesse révolutionnaire. Le parti communiste se crée en même temps. La Nouvelle Ruche durera jusqu'au départ de René Depestre. Entretemps, Gérard Chenet collabore au journal La Nation, l'organe du Parti Socialiste Populaire. À nouveau son sort est lié à l'actualité politique. À la suite du départ du Président Lescot, le général Magloire qui avait pris le pouvoir à la tête d'une junte militaire avait organisé des élections présidentielles libres au cours desquelles Dumarsais Estimé est élu. Trois ans plus tard, Estimé est renversé par Magloire à son tour. Magloire commence alors à persécuter les journalistes et ses soldats brisent les presses de La Nation. Le journal ne peut plus fonctionner. Chenet exerce alors divers métiers. Il travaille entre autres dans le cabinet de Rigaud, participe au projet de l'exposition internationale d'Estimé et au projet de la zone de la Saline (devenue Cité Soleil). Avec Albert Mangonès, Chenet participe aussi à un projet de restauration de La Citadelle Laferrière. Finalement, il part au Canada en 1955, son désir de devenir architecte étant devenu impossible à réaliser en Haïti.

En 1957 et 1958, Chenet part étudier les sciences politiques à Nancy, avant de partir pour l'Union Soviétique au Festival de la Jeunesse. Il reçoit alors une bourse de l'Union Internationale des Étudiants pour étudier l'histoire africaine en Europe de l'Est, où il fait une thèse de doctorat sur les relations entre Haïti et l'Allemagne. Lorsque le Général de Gaulle, au pouvoir en France depuis 1958, rapatrie les cadres français de Guinée en réponse au résultat du referendum guinéen sur l'association des futures anciennes colonies avec la France, Sékou Touré fait appel à tous les progressistes du monde, et Chenet rejoint la Guinée où il travaille à l'IFAN. Il reste quatre ans en Guinée où il commence à écrire El Hadj Omar.

Lorsque Sékou Touré commence à donner des signes de dictature, Chenet part pour le Sénégal, à un moment où le Président du pays, Léopold Sedar Senghor, ouvre la porte à la diaspora africaine. Chenet y travaille au Ministère de la Recherche Scientifique, dans la section Histoire. Il retrouve au Sénégal des Haïtiens qui s'expatrient du pays dirigé par François Duvalier, tel Klerimond (de La Ruche), les auteurs Jean Brierre et Roger Dorsinville, le poète Morisseau-Leroy et les comédiens Jacqueline Scott-Lemoine et Lucien Lemoine, et participe à l'organisation du Festival Mondial des Arts Nègres qui a lieu à Dakar en 1966. En 1976, il accompagnera Senghor qui fait son premier voyage en Haïti. Arrêté à sa sortie d'avion, Chenet est libéré sur l'intervention de Senghor. Le régime de Duvalier ne cesse de traumatiser Chenet, dont le frère et le neveu ont péri assassinés par les sbires du dictateur.

Chenet commence à écrire sur le théâtre après le Festival des Arts Nègres, il fait de la mise en scène et tout en s'occupant du théâtre et des arts en général, il devient aussi sculpteur et musicien. En 1968, il acquiert une petite maison à Toubab Dielaw où il se retire après avoir passé vingt-cinq ans comme conseiller de la Culture au Sénégal. Ce lieu, Sobo Badé, a depuis acquis une dimension légendaire et est devenu un hôtel original où les artistes peuvent venir faire des stages et où les talents de sculpteur et d'architecte de Chenet ont pu trouver à s'exprimer. Sobo Badé allie le nom de deux divinités vaudoues, qui représentent l'Orage et l'Éclair. Un deuxième centre culturel construit par Chenet a ouvert ses portes en 2007 aux artistes (danseurs, sculpteurs, musiciens). Ce centre, Engouement, proche de Sobo Badé, présente une architecture qui favorise la créativité et la spiritualité.

Auteur de plusieurs récits, recueils de poèmes, et pièces de théâtre, Gérard Chenet publie Transes vaudou d'Haïti pour Amélie Chérie en 2009. Dans ce roman, Chenet utilise la figure du zombi pour repenser l'histoire d'Haïti, depuis la résistance d'Anacaona, la princesse amérindienne qui tient tête à Christophe Colomb, jusqu'aux ingérences états-uniennes dans la politique haïtienne des années quarante. À travers l'itinéraire initiatique d'Amélie, amnésique, Chenet nous emmène dans divers lieux spirituels et historiques haïtiens tels Ville Bonheur, Gonaïves, Bois Caïman, entre autres, dans un style parfois surréaliste, parfois réaliste, parfois merveilleux, parfois tout cela à la fois.

– Joëlle Vitiello

espace

bleu

Oeuvres principales:

Théâtre:

Roman:

Poésie:

bleu

Sur l'oeuvre de Gérard Chenet:

espace
Sites et liens sélectionnés
Liens sur Gérard Chenet
espace

sur Île en île:

ailleurs sur le web:

Retour:

bleu
 
« île en île » - page d'accueil
index du site, recherche
Océan Atlantique
Antilles / Caraïbes
la Méditerranée
Océan Indien
Océan Pacifique
 
Dossier Gérard Chenet préparé par Joëlle Vitiello
tous droits réservés © 2010-2013
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/chenet.html
mise en ligne : 16 mai 2010 ; mise à jour : 14 juillet 2010 ; mise à jour : 20 mars 2013