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photo des archives de la famille Salomon, D.R.

Le poète, peintre, dramaturge, musicien et compositeur Jean Verdi Salomon Razakandraina, dit Dox, naît le 13 janvier 1913 à Manankavaly (Imerina, Madagascar), fils du Docteur Samuel Salomon et de Raolina. Il reçoit une première éducation traditionnelle chez ses grands-parents, qui lui font découvrir la Bible, les contes et proverbes malgaches, mais aussi la musique et la peinture. En 1930, il entre à l'École des Beaux-Arts d'Antananarivo, puis poursuit l'année suivante ses études au collège Paul Minault d'Antananarivo, une institution d'excellence qui vit alors une période d'effervescence intellectuelle liée à sa pédagogie innovante et à la personnalité exceptionnelle de ses enseignants (tels que M. Kohl ou M. Ravelojaona).

C'est à cette époque que Dox écrit ses premiers poèmes et se lance dans l'aventure théâtrale. Mais sa troupe, qui rencontre pourtant un certain succès populaire, doit bientôt se dissoudre sous la pression de son père. Dox y gagne cependant ses pseudonymes, Sorajavona (littéralement, « couleurs des nuages », forgé à partir de ses initiales, Salomon Razakandraina Jean Verdi Naivo), puis Dox (qui viendrait soit de « ox » – en anglais, le bœuf, le ruminant –, soit de « paradoxe » dont il serait l'antonyme, donc l'expression du ressenti du plus grand nombre).

Malgré le souhait de son père pour sa carrière, il abandonne ses études de médecine pour s'adonner à la poésie. Devenu fermier à Mandoto (dans le Vakinankaratra) en 1940, puis enseignant à Antsirabe en 1943, Dox y rencontre sa future épouse, Perle Razanabololona. Sa production littéraire se développe davantage du côté de la poésie, qu'il publie dans les journaux de la capitale : Ny Mpandinika, Ny Tantsinanana, Ny Fandrosoam-baovao, Ny Kintan'ny maraina, Lakolosy volamena… Son premier recueil de poèmes, Ny Hirako, écrit en langue malgache, paraît en 1941 à Fianarantsoa.

Une période douloureuse s'ouvre alors dans la vie du poète, qui perd successivement deux de ses enfants, son père, puis sa femme en 1954. Il quitte son travail et décide de se consacrer exclusivement à l'écriture. Co-fondateur de l'Union des Poètes et Écrivains Malgaches (UPEM), créée en 1952, fondateur en 1955 de l'imprimerie Mazava, il consacre jusqu'à sa mort beaucoup de temps et d'énergie à soutenir les jeunes créateurs de son pays (fondation de l'association Tsiry avec ses pairs, dont Randza Zanamihoatra, une autre grande figure de la littérature malgache). Sa place au sein du milieu littéraire et artistique malgache est celle d'un grand aîné, très respecté. Comme le rappelle opportunément Nalisoa Ravalitera (1), Dox a mis sa plume au service de la dignité du peuple malgache ; inscrit en 1932 dans le Mouvement « Mitady ny very » (ou « À la recherche de ce qui est perdu », initié par ses pairs et aînés Charles Rajoelisolo, Ny Avana Ramanantoanina et Jean-Joseph Rabearivelo), il fait partie de la génération de poètes qui a profondément marqué l'histoire et la littérature de la Grande Île. Il prend une part active aux soulèvements estudiantins de 1972 par ses poèmes et sa présence, et plus généralement apporte un soutien sans faille aux revendications sociales du peuple souffrant. Quelques années auparavant, en tant que membre du Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache (M.D.R.M) dont son père est secrétaire de la section d'Antsirabe, il est blessé par balle lors des exactions de 1947. Président du Komitin'ny Artista Malagasy MItambatra (K.A.MA.MI., ou Comité des Artistes Malgaches Unis) et vice-président de l'Académie Andrianampoinimerina, il devient membre de l'Académie Malgache en 1975. Il meurt en 1978.

Ses publications sont nombreuses : neuf recueils de poésie, des récits en vers et seize pièces de théâtre, inspirées par Madagascar et la Bible, ainsi que plusieurs pièces de commande – écrites notamment pour de jeunes troupes scoutes –, qui sont jusqu'à présent introuvables. Son activité de traducteur est elle aussi considérable et a contribué à renouveler le rapport des écrivains malgaches à leur langue, en prouvant par l'exemple qu'elle peut se prêter à l'expression d'une palette complète de sujets. Dox met au cœur de ses préoccupations la diffusion à Madagascar des grandes signatures du théâtre mondial : Corneille, Racine, Shakespeare…

La poésie de Dox, qui est au cœur de son oeuvre, célèbre la beauté du quotidien, mais aussi l'appartenance à la nation malgache. François-Xavier Razafimahatratra propose de mettre en évidence deux versants de cette œuvre poétique, un versant didactique « qui révèle le constant souci de Dox d'enseigner, de transmettre », et un versant romantique, « quand le poète donne libre cours à des sentiments et une vision personnelle du monde » (2). Dominique Ranaivoson rappelle que Dox aimait se faire poète de l'instant, offrant aux amis et aux passants des poèmes fraîchement écrits, et qu'il est donc impossible d'avoir une vision globale de sa production poétique. Mais elle y voit deux facettes essentielles (3). La première serait une « poésie du proche et de l'infime », fidèle au détail de la vie, préférant les formes courtes et un lexique très accessible, sans pour autant se refuser la préciosité du sonnet. Dox la décline en une poésie du sentiment, qui revisite joyeusement la tradition malgache des hainteny, ces joutes poétiques entre amants, et une poésie poignante habitée par la mélancolie. La seconde facette de cette production poétique serait une « poésie de l'identité », puisant son inspiration dans les proverbes, les objets et les lieux symboliques de la culture malgache.

Il est assez difficile d'imaginer la place capitale qu'occupe Dox dans l'inconscient collectif malgache. Inscrit depuis une cinquantaine d'années au programme des écoles à Madagascar, des classes élémentaires au programme de recherches universitaire, à l'instar d'un autre grand nom de la littérature malgache, Jean-Joseph Rabearivelo, plusieurs générations d'élèves ont étudié les poèmes de Dox et appris, à travers eux, la richesse retrouvée de la langue malgache après l'Indépendance (1960). Pour autant, Dox n'a jamais renié ses influences littéraires occidentales, notamment françaises, et d'une langue à l'autre, d'une richesse à l'autre, il a sans cesse, par ses traductions en malgache d'œuvres classiques mondiales et la création de hainteny dans son seul recueil de poésie en langue française, Chants Capricorniens (1971), maintenu le lien entre les littératures.

Esprit libre et généreux, ce poète musicien-compositeur, par ses collaborations avec différents compositeurs parmi les plus connus de Madagascar (Ramaroson Wilson, Naly Rakotofiringa, Fredy Raolifahanana, Bessa, Dédé Sorajavona…), les chanteurs (le ténor Ludget Andrianjaka,…) et bien d'autres artistes, donne au répertoire musical malgache de nombreuses chansons devenues des classiques. Il traduit également les paroles de plusieurs chansons de variété françaises pour leur reprise en malgache par des groupes comme Kelly et Doxie (« Ne me quitte pas » – Aza ilaozana aho – de Jacques Brel ; « Laisse moi vivre ma vie » – Na tambazana aza aho – par Frédéric François, etc…).

– Claire Riffard

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Notes:

1. Nalisoa Ravalitera, Dox, Écrivain et musicien à Madagascar, sous la direction de Dominique Ranaivoson, Saint-Maur-des-Fossés/ Antananarivo: Sépia /Tsipika, 2009: 93.
2. F.X. Razafimahatratra, Dox, Écrivain et musicien à Madagascar, sous la direction de Dominique Ranaivoson, Saint-Maur-des-Fossés/ Antananarivo: Sépia/Tsipika, 2009: 42.
3. Dominique Ranaivoson, Dox, Écrivain et musicien à Madagascar, sous la direction de Dominique Ranaivoson, Saint-Maur-des-Fossés/ Antananarivo: Sépia /Tsipika, 2009: 38-39.

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Oeuvres principales:

Poésie:

Récits en vers:

Théâtre:

Discographie:

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Traductions par Dox:

du français au malgache:

du français au malgache (traductions de l'anglais):

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Sur l'oeuvre de Dox:

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Dossier Dox préparé par Claire Riffard, avec la collaboration de Patricia Salomon et d'Hanitr'Ony
tous droits réservés © 2013
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/dox.html
mise en ligne : 11 février 2013