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Max Elisée
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(2,05 minutes)
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Un jour, je te dirai...

(extrait)

Chez les Martini

     Lafarge ne souffrit d'aucune pudeur lorsque Léa se blottit contre lui et qu'il sentit ses seins s'écraser sur sa poitrine. C'était un bon signe de remerciement, non?! Qu'il eût même ressenti cette accolade autrement qu'amicale, peu importait, d'autant plus que Léa ne semblait pas vouloir le décevoir, même lorsqu'elle sentit monter en lui l'audace folle de l'embrasser sur les lèvres.

     – Merci, lâcha-t-elle en s'écartant tout de même. Elle souleva Caroline qui s'était accrochée à sa robe pendant l'accolade et la couvrit de baisers:

     – Mon bébé. Tu es là! Mon Dieu! Mon Dieu! Caroline serrait son nounours très fort contre elle.

     – On a frappé papa dans la vieille maison.

     Cette phrase, la petite la répéta souvent; Léa ne l'entendit jamais.

     – Tu veux manger quelque chose, ma chérie?

     – J'ai soif, maman. (Brandissant son nounours). Lui aussi.

     – On va boire.

     – Papa... On l'a frappé.

     – T'as soif ou pas, mon bébé? Viens. On va à la cuisine.

     « On a frappé papa »

     Lafarge qui se trouva bientôt seul dans le salon répéta doucement cette phrase sur le même ton que Caroline, puis il en détacha les syllabes, les soupesa en remuant la tête, connue pour mesurer leur valeur dans la bouche d'un enfant. Était-ce Laurent qui avait frappe Marc? Ce petit singe de quinze kilos qui aurait frappe le mammouth?...

     Lafarge avait tant de choses à dire à Léa. Il aurait voulu lui poser d'autres questions si elle n'avait pas fui dans la cuisine. Il aurait bien voulu lui parler de son mari, du pistolet retrouvé chez Laurent, par exemple. Mais était-ce vraiment ce qu'elle aurait aimé aborder en ce moment? Il eut bientôt en main l'écusson qu'il fit tourner entre ses doigts avant de le lancer sur la table, où il le regarda toupiner pendant quelques secondes puis vaciller avant de se rabattre. Une moue désabusée allongeant ses lèvres, comme déçu par le mauvais résultat de son « pile » ou « face », Lafarge attendit, l'œil rivé sur l'objet. Ainsi, lorsque qu'il sentit le silence peser trop lourd, il fut contraint de se retirer discrètement.

Cet extrait d'Un jour, je te dirai..., roman de Max Élisée, a été publié pour la première fois chez Delma Éditions, à Piolenc (84420, France) en 2003, pages 310-311.

© 2003 Max Élisée ; © 2004 Max Élisée et « île en île » pour l'enregistrement audio
Enregistré à Paris au Salon du Livre le 23 mars 2004
tous droits réservés

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mise en ligne : 14 novembre 2004