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Marie Leblanc
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Le Soleil de Juillet - 1899
couverture, Le Soleil de Juillet, numéro unique 1899
Publiée par Mademoiselle Marie Leblanc

Curieux destin que celui de Mademoiselle Marie Leblanc ! Après avoir dominé de 1890 à 1915 – soit pendant plus de 25 ans – le monde des revues littéraires à Maurice, Marie Leblanc avait tout simplement disparu de la scène et était devenue une oubliée de l'histoire de la littérature locale. Il a fallu notre initiative de 2004, Une Mauricienne d'exception, pour que soient apportées quelques éclairages sur sa vie et les conditions de sa mort et que soit révélée l'ampleur de son apport à la créativité littéraire mauricienne [1]. Bien des points restent cependant dans l'ombre. Qui est-elle vraiment ? À l'île Maurice, cette question veut dire : de quel milieu est-elle précisément issue ? Est-elle une « blanche », descendante donc directe de familles d'origine française ou est-elle issue de ce milieu social qu'on a appelé pudiquement à Maurice la « population de couleur » et qui désigne en fait une bourgeoisie métissée ? Quels étaient les moyens et/ou les appuis dont elle disposait pour avoir réussi à publier autant de revues littéraires dans le monde de l'édition et de l'imprimerie dominé alors par des hommes, et ce dans le contexte insulaire particulier de la fin du 19e / début 20e siècle ?

Les œuvres parues sous sa signature

Marie Leblanc, née vers 1867, se fait connaître tout d'abord par un recueil de nouvelles à sa signature, La Vie et le rêve, publié en 1890. Composé de 19 nouvelles relatant en majorité de tragiques histoires d'amour, ce recueil est accueilli par la critique locale comme une œuvre témoignant de la personnalité de la Mauricienne. Charles Baissac, professeur de français dans un établissement secondaire de renom et auteur d'une importante recherche sur le créole mauricien [2], dit dans sa préface à cet ouvrage : « l'héroïne de toutes ces nouvelles demeure une et dix-neuf fois la même : c'est la jeune fille mauricienne, aimante, – très aimante – , vertueuse, dévouée jusqu'au sacrifice, au besoin jusqu'à l'immolation. C'est l'œuvre d'une femme, on le sent à la délicatesse de la touche ; l'œuvre d'une très jeune fille, car, seul, le matin a cette fraîcheur d'expressions.» Ce recueil sera l'unique œuvre de Marie Leblanc en tant qu'auteur. Plusieurs des nouvelles de La Vie et le rêve seront reprises dans ses revues. Entre 1890 et 1902, elle publie un livret consacré aux dégâts importants causés par un cyclone de grande violence en 1892 et six opuscules représentant les monographies de personnages locaux célèbres, le tout faisant partie de son projet de réaliser une Galerie Mauricienne.

Marie Leblanc, dont le nom est parfois par elle-même et dans ses propres revues orthographié Le Blanc, est la première écrivaine mauricienne : aucune femme n'avait avant elle « osé jusqu'ici affronter le jugement du public et [...elle] fait preuve d'un talent que lui envierait plus d'u représentant du sexe fort » selon un contributeur anonyme à La Nouvelle Revue Historique et Littéraire de 1897. À ce double titre, elle mérite une considération particulière que son dynamisme et sa ténacité déployés dans l'édition des nombreuses revues ne peuvent que renforcer. Au niveau strictement littéraire, cependant, ses nouvelles ne présentent aucun relief particulier et pourraient être confondues avec des historiettes pouvant figurer dans des ouvrages dits de quais de gare (collections Harlequin en français ou Mills and Boon en anglais).

Marie Leblanc traductrice

Marie Leblanc se tourne trois ans plus tard vers la traduction : elle publie alors la traduction qu'elle a réalisée d'un roman, Diane de Breteuille, écrit par Sir Edward Henry Jerningham, alors Gouverneur britannique de l'île. Un autre roman traduit par ses soins et imprimé sans mention d'éditeur ni date ni nom d'auteur a été retrouvé : « Juanita l'Espagnole, traduit de l'anglais par Marie Le Blanc ». La traduction sera un volet important de son activité régulière et ses revues comportent de nombreux contes, nouvelles et poèmes traduits par elle soit sous le nom de Marie Leblanc soit sous des pseudonymes (on lui en connaît au mois deux). On peut regretter, cependant, que pour de nombreux textes traduits, elle omet de signaler le nom de l'auteur du texte d'origine.

Marie Leblanc et ses douze revues

L'aventure des revues commence également en 1890. Marie Leblanc crée La Semaine Littéraire de l'Ile Maurice qui paraît sur une base hebdomadaire jusqu'en 1892 et les dégâts causés par le cyclone évoqué plus haut mirent fin à cette entreprise. Comme le souligne La Nouvelle Revue Historique et Littéraire dans son édition du 15 avril 1897, « La Semaine Littéraire qui a valu à Mlle M Le Blanc ses meilleurs succès, en disparaissant après le cyclone de 1892, n'avait enlevé à l'artiste ni son énergie, ni l'espoir de recommencer un jour ». D'ailleurs, elle « recommence » bien avant que le cyclone ne détruise La Semaine Littéraire de l'Île Maurice : en 1891, elle lance Le Soleil de Juillet, revue annuelle destinée à commémorer le 14 juillet et qu'elle fera paraître 24 années durant : un record absolu pour cette période [3] et seule la mort viendra arrêter la parution de cette revue en 1915. L'année suivante, Marie Leblanc lance Les Roses de Noël, également à parution annuelle marquant les fêtes de Noël. Cette revue paraîtra pendant 22 ans et, comme la précédente, ne s'arrêtera qu'en raison du décès de Mlle Leblanc.

Cinq ans plus tard, Marie Leblanc lance une revue saisonnière paraissant chaque année de mai à septembre, mois correspondant à la saison lyrique de Port-Louis. De 1897 à 1908, Port-Louis Mondain fournira aux nombreux amateurs tous les renseignements sur les opéras et opérettes au programme de la saison en cours, sur les ténors, barytons et autres sopranos, sur les coulisses des représentations... Port-Louis Mondain n'était pas une innovation : la revue remplaçait Maurice Théâtre qui avait occupé ce marché de 1878 à 1891. Mais Marie Leblanc modernise la présentation de ce type de presse en ayant recours à des procédés plus modernes (telles l'inclusion sur la couverture de la revue d'une photo de la chanteuse ou du chanteur mis à la une) et un ton moins formel et plus badin dans le traitement des informations. Cette même année 1897, Marie Leblanc reprend une revue à laquelle elle avait antérieurement contribué, l'intitule La Nouvelle Revue Historique et Littéraire, l'articule en deux cahiers – un cahier historique et un cahier littéraire – et publie sept années durant sur une base mensuelle (même si certaines circonstances perturbaient parfois la régularité de la revue).

Quatre revues à parution unique sont à signaler : en 1897, Victoria Review en hommage à la Reine Victoria ; en 1902, Le Couronnement, édition bilingue anglais-français marquant l'accès au trône d'Angleterre d'Edward VII ; en 1903, Entente Cordiale, édition bilingue anglais-français promouvant ce concept si fragile qui, en Europe, ne se développera qu'à partir de 1904 ; en 1911, un nouveau Le Couronnement, édition bilingue anglais-français marquant l'accès au trône d'Angleterre de George V, cette fois. Seule reste disponible la revue consacrée à la Reine Victoria.

Mais la période de création n'est pas terminée. Marie Leblanc fait une brève incursion dans le monde du sport en 1903 en tentant l'édition trois fois par semaine d'un journal sportif et d'humour. Mais cette tentative sera un échec tout comme son prédécesseur dans ce domaine en 1880. Deux autres revues annuelles – formule que Marie Leblanc réussit le mieux – suivront : The Empire Day célébrant chaque année en anglais et en français le 24 mai l'Empire Britannique de 1907 à 1915, l'année du décès de son créateur, et Rex Imperator qui est la revue annuelle la plus brève en existence (1907-1910) et qui honorait en anglais et en français le monarque anglais et l'Angleterre.

La dynamique des revues de Marie Leblanc

La production de revues par Marie Leblanc est donc conséquente. Il est regrettable qu'aucune source ne nous permette d'identifier le tirage de chaque revue, ce qui aurait permis de prendre la mesure de son lectorat et de tirer certaines conclusions sur les revues et la société mauricienne de cette fin 19e / début 20e siècles. Néanmoins certaines réflexions sont possibles à partir des renseignements disponibles.

La charge de travail pesant sur la rédactrice en chef est déjà un élément important : Entre 1897 et 1904, Marie Leblanc gérait trois revues annuelles et un hebdomadaire saisonnier paraissant cinq mois par an. Entre 1907 et 1910, ce nombre était passé à quatre revues annuelles avec l'hebdomadaire saisonnier jusqu'en 1908. Cela implique un travail considérable : contact avec les auteurs, recherche de publicités comme sources de financement, rassemblement les contributions [4], composition par assemblage traditionnel de caractères, correction des épreuves, impression, diffusion... Il ne s'agit pas, comme on pourrait le penser, d'activités d'amateur, mais bel et bien d'une production industrielle !

Par ailleurs, chacune des revues publiées par Mare Leblanc faisait entre 20 et 24 pages de textes avec 8 à 10 pages de publicité. Les pages de texte, généralement d'auteurs locaux, rassemblaient en moyenne 4 à 5 poèmes originaux (sonnets, séries de quatrains...), 2 à 3 contes et/ou nouvelles, 1 ou 2 pages d'histoire. Occasionnellement figurait un conte en langue créole. La collection de Soleil de Juillet, dont trois exemplaires manquent à la collection de la Bibliothèque nationale, représente 225 textes dont 44 poèmes. Celle de Roses de Noël compte 230 textes dont 50 poèmes. Les textes étant majoritairement des textes originaux, il est clair que l'activité éditoriale de Marie Leblanc était de nature à promouvoir les écrivains mauriciens en leur offrant régulièrement une plate-forme d'expression et de diffusion et les dessinateurs car plusieurs numéros de revue faisaient appel, pour la couverture, à un artiste local.

La mort de Marie Leblanc

« Mlle Marie Leblanc a été victime d'un triste accident ce matin vers onze heures. Pendant qu'elle préparait ses aliments sur une lampe à alcool, la lampe a fait explosion et a communiqué le feu à ses vêtements » (La Dépêche, 13 août 1915). Transportée à l'hôpital, Mare Leblanc devait mourir de ses blessures dans la nuit du 13 au 14 août 1915. Ainsi disparaissait celle qu'un chroniqueur contemporain avait qualifié de « piquée de la tarentule littéraire ». Elle ne nous a laissé aucune photo. Grâce à un certain Maxime commentant une anecdote dans un numéro de L'Essor de 1925 , nous savons tout simplement qu'elle avait « un mouvement d'épaules caractéristique » !

C'est bien peu par rapport à la somme d'écrits qu'elle a suscitée et à la dynamique de production littéraire qu'elle a alimentée pendant tant d'années.

– Robert Furlong

Notes:

  1. Voir la référence ci-dessous pour Une Mauricienne d'exception : Marie Leblanc (2004). [retour au texte]
  2. Baissac, Charles, Étude sur le patois créole mauricien. Nancy: Berger-Levrault, 1880. [retour au texte]
  3. Ce record n'a été battu à Maurice que par une autre revue littéraire, L'Essor, créée en 1919 par le Cercle Littéraire de Port-Louis et qui a paru jusqu'en 1956, soit 36 ans. [retour au texte]
  4. Rien n'indique si les auteurs étaient rémunérés ou non. [retour au texte]

Oeuvres principales:

Poésie, contes...

Nouvelles:

Traductions par Marie Leblanc:

Sur Marie Leblanc:

Roses de Noël - décembre 1897
Les Roses de Noël - 1899
Couverture de Roses de Noël, décembre 1897
« Revue à numéro unique publiée par Mademoiselle Marie Leblanc »
 
Couverture, Les Roses de Noël, 1899
« Revue à numéro unique publiée par Mademoiselle Marie Le Blanc »

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Dossier Marie Leblanc préparé par Robert Furlong
tous droits réservés © 2007
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/leblanc.html
mise en ligne : 18 avril 2007